La violence était l’attribut même des régimes successifs en Union soviétique et dans les pays d’Europe du Centre-Est.

Dans les années 1970, j’étais journaliste au « Nouvel Observateur », spécialisé dans les mouvements de dissidence au sein des pays du bloc communiste. J’avais donc une chance unique d’observer de près à quoi ressemblait le régime en URSS et dans ses États satellites. J’ai rapidement compris que l’histoire du communisme en Europe était en fait celle de sa chute.

Les régimes inféodés à Moscou manquaient de savoir-faire en gestion de l’économie. Le seul projet efficace semblait être la Nouvelle politique économique (NEP) mise en place par Lénine en 1921. Ensuite, ils essuyaient fiasco sur fiasco. C’était d’ailleurs une des raisons pour laquelle les régimes communistes firent le choix de la terreur. La violence devint l’attribut même des régimes successifs en Union soviétique et dans ses pays satellites et tant qu’ils arrivaient à contenir le feu de la révolution en leur sein, tant tout cela passait quasiment inaperçu. Mais quand vint la stagnation, le système dans son ensemble fit faillite.

En Europe centrale, le communisme s’effondra presque partout au même moment – en 1989. Cette coïncidence, tout comme de multiples similarités, demanderait une généralisation. Ce serait pourtant méconnaître qu’il n’avait pas partout la même évolution ni la même teneur. Les différences d’un pays à l’autre étaient si notoires qu’on peut même parler de plusieurs variantes de socialisme. A titre d’exemple, quand j’étais en Roumanie, dirigée alors par Nicolae Ceauşescu, j’avais tout simplement peur. Inversement, lors de mes séjours en Pologne, je n’éprouvais jamais cette sensation. Évidemment, les deux pays étaient des régimes communistes, sans pluralisme politique ni liberté des médias. Mais en Pologne, on pouvait parler en privé pratiquement de tout, alors qu’en Roumanie, c’était inconcevable.

En Pologne, à partir de 1956, (1968, 1970, 1976, 1980), n’arrêtait pas de s’élargir, tandis qu’en Roumanie, les choses prenaient le sens inverse. Si, dans la politique étrangère, Ceauşescu soulignait son indépendance vis-à-vis de Moscou (il maintenait des relations diplomatiques avec Israël, envoya en 1984 ses sportifs aux JO de Los Angeles, boycottés par les autres pays communistes), dans la politique intérieure, son régime était tout simplement la version roumaine du stalinisme, horrifiant par sa sévérité.

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