Une page de l’histoire du combat tiers-mondiste et de l’Afrique indépendante s’est refermée lundi avec le décès du fondateur de l’hebdomadaire panafricain

« BBY arrive ». A l’évocation de ces trois initiales, les estomacs pouvaient se nouer, la gorge s’assécher, la crainte saisir tout un corps à l’heure où s’ouvrait la traditionnelle conférence de rédaction de 8 h 30, à Jeune Afrique . Sitôt assis au coin de la salle de réunion du sous-sol de l’hebdomadaire, au 57 bis rue d’Auteuil à Paris, Béchir Ben Yahmed tapotait de plusieurs coups secs avec son stylo-plume sur son pupitre, imposant un silence de cathédrale.

L’homme était un maniaque de la ponctualité, de la discussion ordonnée, des bienséances. Il abhorrait les familiarités. Toute la rédaction lui donnait du « vous » et du « Monsieur ». Les récalcitrants ne s’y reprenaient pas à deux fois. Il n’hésitait pas, à la manière d’un juge, à soumettre ses journalistes à « la question » sur leurs sujets de prédilection. Gare à celui qui n’était pas encore vraiment sorti des bras de Morphée ou pas au courant de son actualité. Il savait exploiter les talents comme tester la part sombre et mercantile de l’âme humaine.

Les anciens se remémorent ses scènes d’humeur, au moment ou le titre battait de l’aile dans les années 1990. Parfois cruel, jamais vulgaire. Il pouvait rentrer dans la salle de réunion et se lever aussitôt, manifestant son mécontentement face à la piètre production de la semaine. Ou pire, déchirer l’hebdo et tourner les talons pour remonter sans son bureau, laissant la rédaction face à elle-même. Il était capable de défaire le contenu du journal en toute fin de semaine : « Vous ne travaillez pas à la Sécurité sociale, vous devez pouvoir vous remettre en question ! »

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