«  Un appel à la vérité et à la liberté, forçant les cordons des dictatures communistes et de leur propagande mensongère. C’était un texte simple, allant droit dans les cœurs  »

Dans Le Prince, Machiavel se fait observateur, non sans un zeste d’ironie, d’une constante de l’histoire disant qu’« on a vu réussir tous les prophètes armés, et finir malheureusement ceux qui étaient désarmés ». Plus d’une fois, pourtant, l’histoire donna raison à ces derniers. Un excellent témoignage en est fourni par la victoire du syndicat polonais Solidarność et l’extraordinaire message qu’il a adressé, il y a quarante ans, aux travailleurs d’Europe de l’Est.

Le mois d’août 1980 polonais, avec la création de Solidarność, reste non seulement un des événements majeurs dans les expériences européennes de l’après-guerre, mais un tournant aux conséquences décisives pour toute la communauté internationale. À l’époque, peu de gens étaient en mesure de prévoir que la chute du communisme en tant que système de domination soviétique sur le bloc de l’Est et source de la division du monde en deux camps ennemis allait être si imminente. Ceux pourtant qui ont pu plonger dans l’ambiance de la première Assemblée nationale de Solidarność, inaugurée le 5 septembre 1981 à Gdańsk, ont compris que la débâcle du système communiste n’était pas si irréelle que cela.

On observait avec admiration un premier syndicat indépendant dans les territoires compris entre l’Elbe et Vladivostock – mouvement de liberté et d’espérance – tenir séance sans une quelconque contrainte et dans le respect des standards de la démocratie et du parlementarisme. L’Assemblée a permis de dégager une vision de grandes réformes systémiques, sociales et économiques dont le dénominateur commun était l’idée de mettre en place une société autogérée et citoyenne. Tout comme la Constitution polono-lituanienne du 3 mai 1791 – le premier acte de ce type en Europe – mettait en œuvre une profonde rénovation de la République, le programme des réformes prôné par Solidarność était un tournant dans la perception de l’État et de l’économie. Non seulement parce que l’idée d’une Pologne « autogérée » et d’un pouvoir « populaire » sapait les fondements du régime autoritaire de l’époque, mais aussi parce que les transformations proposées par Solidarność reflétaient une grande ambition modernisatrice.

On le voit parfaitement avec la perspective d’aujourd’hui, surtout après l’expérience de la crise économique et de la pandémie. Nous percevons la nécessité d’harmoniser davantage les objectifs sociaux et économiques et de promouvoir un développement durable qui n’absolutise pas les bénéfices à court terme. Nous sommes conscients du rôle essentiel de la cohésion sociale et d’une plus juste participation aux fruits de la croissance. Nous comprenons l’importance de l’activisme citoyen et de la représentation du démos national, mais aussi européen, pour un fonctionnement stable des institutions permettant de prendre des décisions stratégiques pertinentes. Il est fort possible que si la loi martiale – cet attentat communiste visant la liberté polonaise renaissante – n’avait pas été instaurée en 1981, les réformes proposées lors de l’Assemblée auraient lancé des solutions pionnières.

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