« Il est possible que le progrès soit le développement d’une erreur », s’interrogeait en 1962, un an avant sa disparition, le poète Jean Cocteau, dans des vœux télévisés à « la jeunesse de l’an 2000 ». En 2016, l’écrivain voyageur Sylvain Tesson se remémora son oracle lors de sa traversée thérapeutique de la France par des itinéraires pédestres, dont il tira le récit Sur les chemins noirs (Gallimard). Les Trente Glorieuses, y écrit-il, ont « accouché d’un nouveau paysage rural, redistribué la carte du sol, réorchestré la conversation de l’homme avec la terre » !

Les grandes forces à l’œuvre ne s’attaquèrent pas qu’à la ruralité, à en croire la série de récents travaux rigoureux et indépendants qui décrivent une réorganisation de fond en comble du territoire. Et selon lesquels cette lame de fond a fissuré le fameux ciment de « l’amalgame » cher à Fernand Braudel, l’auteur de L’identité de la France (1986). Pire, d’avoir favorisé l’apparition de « fractures » à l’origine « d’une nouvelle géopolitique, de nouveaux rapports de force, qui portent en germe un risque de radicalisations politiques et sociales », selon la formule de Christophe Guilluy.

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